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Ina Berry pour Art Conf
"Quand j'étais plus jeune et que je faisais des dessins, les vieilles personnes se trompaient toujours quand il s'agissait de dire quelle était l'expression sur le visage du personnage. Je crois qu'aujourd'hui c'est toujours la même chose, c'est même encore pire, parce que plus je fais des bidules moins il semblerait que mes intentions soient claires.
Le fait de réaliser des clichés pour une affiche est un exercice salvateur parce que pour une fois je n'ai pas le droit d'être ambiguë, et qu'il y a des choses que tout le monde où presque doit saisir clairement et instantanément. J'avais des directives assez simple, mettre en parallèle une situation "chez soi" et une situation liée à l'intérêt pour l'art. Il y a dans ces règles du jeu à la fois une exigence de composition importante mais également une grande part de poésie et de drôlerie qui m'ont attirée. J'ai fait deux essais différents, celui qui apparaîtra sur l'affiche a été préféré unanimement, par mon entourage et par la présidente de l'association.
Je n'ai pas seulement accepté de travailler pour Art Conf parce que c'était un projet original et différent de ce que j'avais pu faire, mais parce qu'à ce stade de mes réalisations, j'ai besoin d'être entourée de gens qui travaillent pour l'art. Précédemment j'ai photographié le poète tunisien Aymen Hacen et j'ai également illustré le recueil de poèmes "Rauques" de Julie Wetterwald qui paraîtra en septembre et je ne crois pas que ça soit un hasard. Je ne suis pas sure de faire de l'art. J'ai commencé par le dessin, j'ai fait des petites choses à droite à gauche en bidouillant avec mon ordinateur, j'ai participé à de toutes petites choses, mais je crois que mon travail n'a pas changé de nature depuis que j'ai cinq ans, je bricole des trucs dans mon coin. C'est pour ça qu'être entourée de gens volontaires comme la présidente de l'association Art Conf, des gens qui abordent vraiment l'art, c'est une bonne friction au gant de crin pour ma tendance au ratatinement. C'est pourtant cette même tendance qui me pousse à construire des petits labyrinthes de détails pour que tout le monde s'y isole plus ou moins tranquillement, des constructions clinquantes qui laissent les gens seuls et qui ne les fondent pas dans une grande humanité révélée par la spontanéité. La forme de mon site témoigne bien de ça je crois. Ca explique aussi ma grande admiration pour des artistes comme Sophie Calle, Jan Saudek, David Lachapelle, Arnaud Labelle Rojoux, Yoko Ono, Mark Ryden, Ray Caesar, Tania Reinicke..."
Ina Berry