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La Générale : Visite non guidée

Il est dans l’air du temps de s’intéresser aux friches et autres squats d’artistes. Nous étions attirés par l’idée d’ouverture et de liberté dont se revendiquent les acteurs de ces nouveaux territoires de l’art. C’est dans cette perspective candide et dépourvues de tout préjugé que nous décidons d’aller à leur rencontre... afin qu’ils nous guident dans la découverte de leur univers artistique. Nous étions enthousiastes à l’idée de pénétrer en des lieux que nous imaginions en pleine ébullition créatrice. Notre choix pour notre premier rendez-vous s’arrête sur 'La Générale' située dans le 19ème arrondissement de Paris.

Pourquoi ce lieu ?

Une conférence ayant pour thème « les nouveaux territoires de l’art », annoncée par Artconf, y avait été organisée. A cette occasion nous avons pris connaissance du dossier de presse qui décrivait de quelle manière des artistes avaient redonné vie, en y installant leurs ateliers, à une ancienne usine abandonnée par les pouvoirs publics depuis une dizaine d’années.
Notre curiosité fut « piquée à vif » par ce descriptif d’un lieu convivial et foisonnant d’activités artistiques diverses et pourtant menacé de fermeture car sous le coup d’une procédure d’expulsion.

Notre visite commence un vendredi après-midi. Arrivées devant cette gigantesque friche, notre première surprise est d’être accueillies par une porte blindée avec un digicode. Par chance, une personne en sortant du squat nous permet d’y entrer.
Nous empruntons les escaliers pour nous rendre aux étages, dans l'espoir de trouver l’effervescence promise. Un constat s’impose à nous : ambiance « no man’s land » fantomatique. Enfin! une variante à ce paysage nous est offerte par un couloir distribuant quelques pièces ouvertes décorées par des photos ou des peintures et d’autres fermées abritant des accessoires de théâtre.

Nous comprenons rapidement qu’il sera extrêmement difficile d’entrer en contact utile avec un acteur du lieu en nous présentant comme simple spectateur.

Nous prenons contact avec Vladimir dont le numéro figure sur le site internet de La Générale en nous présentant comme «association». Ce dernier est décrit par la revue «Mouvement» comme celui qui a amené avec André Panibratchenko une poignée d’artistes à investir La Générale. Initiateur de l’activation de ce lieu, nous pensons qu’il sera le plus à même de nous le présenter de manière empirique. Nous l’informons de notre intention d’écrire un article et il accepte de répondre à nos questions.

Il nous décrit La Générale comme étant essentiellement un lieu de production et de travail pour les artistes.
Il n’y a pas d’organisation hiérarchisée, chaque acteur étant auto-gestionnaire de son espace d’activité. Ils ne bénéficient d’aucune subvention publique cependant aucune information ne nous a été fournie sur leur mode de financement.

Quelques événements et expositions sont ponctuellement organisés et les invitations sont diffusées exclusivement au sein d’un réseau « d’amis » par mailing list. Le « tout venant » n’est donc pas leur cible. Nous avons alors voulu savoir quels étaient leurs critères de sélection des invités et quel genre de public ils recherchaient mais ses réponses sont restées évasives et parfois incohérentes. En effet il insistait sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une démarche élitiste tout en précisant qu’ils ne conviaient à leurs expositions que « les personnes qui les intéressaient » (dixit Vladimir).

Rada, responsable de la galerie nbsp, qui définit La Générale comme un laboratoire expérimental de l’art, ajoutera que les informations sur les expositions ne sont délibérément pas diffusées dans la presse pour préserver leur lieu de création d’une image médiatique qui ne correspondrait pas à la réalité. Elle ne voudrait pas que soit donnée à La Générale une connotation de “squat d’artiste”! La Générale serait donc un “squat canada dry” ?

Sur le recrutement des artistes, le même flou semble régner : Vladimir nous affirmant qu’ils étaient complets et qu’il n’y avait pas de place pour un nouvel arrivant, ce qui n’a pas manqué de nous surprendre compte tenu du gigantisme du lieu (6000m²) et du nombre de grands espaces inexploités.
Au sujet de la procédure d’expulsion notre interlocuteur nous informe qu’une décision en appel a été rendue et qu’ils étaient expulsables au 30 juin 2006 mais qu’ils demeuraient en négociation avec le ministère de l’éducation nationale à qui appartient le bâtiment.

Pour conclure, il convient d’admettre qu’un décalage évident existe entre la description du lieu faite par le dossier de presse et la réalité à laquelle nous avons été confrontée et qui n’a pas été à la hauteur de notre fantasme. Nous recherchions un lieu de rencontre et d’échange, un accès libre et ouvert qui mette l’art, à la portée de chacun qu’il soit initié ou non et nous avons trouvé une reproduction d’un état d’esprit fermé et élitiste comme on le reproche trop souvent au milieu de l’art.
Une impression de « déjà-vu ».

 

Article rédigé par Fenna Baouz et Fériale Loubardi.  (publié le 15 mai 2006)


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Infos lieu :
La Générale
10-14 rue du Général Lasalle
75019 Paris
http://www.lagenerale.org